FRANCE 🇫🇷 (OFAST) : prudence et retenue, deux vertus essentielles pour ne fâcher personne

FRANCE 🇫🇷 (OFAST) : prudence et retenue, deux vertus essentielles pour ne fâcher personne

Légaliser le cannabis pour « reprendre le contrôle » face aux trafiquants et mieux protéger les mineurs : ce sont les recommandations des députés d’une mission parlementaire dans un rapport publié ce mercredi 5 mai, aux antipodes de la lutte antidrogue défendue par le gouvernement. Dans ce contexte, Stéphanie Cherbonnier, dirigeante de l’Office anti-stupéfiants, dresse pour Ouest-France un état des lieux des saisies de drogues opérées au cours de l’année 2020.

Les trafics sont restés importants en 2020 malgré le Covid ?

Oui, y compris durant les périodes de confinement. Il n’y a pas eu d’effondrement des chiffres de saisies : 96 tonnes de cannabis contre 100 en 2019 et 13 tonnes de cocaïne, pour 15 l’année précédente. On a aussi une progression de 5 % des saisies d’héroïne (1,1 tonne).

Ces drogues sont pourtant principalement « importées » ?Ad

En grande partie, oui. Mais si le trafic de passagers a été fortement impacté par la crise sanitaire, le fret ne s’est jamais arrêté. La cocaïne provenant d’Amérique latine a été convoyée dans des navires porte-conteneurs et moins par des « mules » venues en avion après l’avoir ingérée ou cachée dans des valises. L’héroïne d’Afghanistan n’a cessé d’arriver aussi par la zone des Balkans.

Et le cannabis ?

L’approvisionnement des organisations criminelles en résine, provenant à 90 % du Maroc par voie routière, a été très perturbé par la fermeture des frontières. Moins celui de l’herbe produite en Andalousie ou venant des Pays-Bas et de Belgique. Cela explique en partie l’augmentation de la quantité d’herbe saisie (passant de 29 tonnes à 46 tonnes), en proportion de celle de résine. Elle a aussi faussement acquis l’image d’un produit « plus naturel ».

Elle est de plus en plus cultivée en France ?

La cannabiculture s’est accrue ces dernières années. Et continue de se développer. Plus de 115 000 plants ont été saisis l’an passé. Dont environ 56 % en Outre-Mer. Le reste en métropole, chez des particuliers et surtout dans des « cannabis factories », usines de cannabis : des sites industriels désaffectés utilisés pour lancer discrètement de la culture indoor. Ce phénomène est important dans le Sud, pour la météo, et dans le Nord pour la proximité avec les Pays-Bas.

Quels ont été les effets de la crise sanitaires sur les trafics et les réseaux ?

On a constaté une désorganisation des trafics (approvisionnement et distribution) au début du premier confinement. Mais les trafiquants se sont vite adaptés. Et les organisations criminelles les plus structurées se sont rapidement imposées face à celles plus « petites ». Cela a donné lieu au printemps à des violences, dans des logiques de conquêtes de territoires. Pour la distribution de leurs produits, elles ont eu massivement recours aux réseaux sociaux, mettant en place des systèmes de « drive » et de livraisons à domicile. Ces méthodes existaient déjà mais qui ont été développées.

Un rapport parlementaire recommande une « légalisation régulée » du cannabis en pointant l’échec de la répression. Qu’en dites-vous ?

L’Ofast a été créée en 2020 pour mettre en Å“uvre une politique publique, répressive mais globale, associant tous les acteurs de la lutte contre les stupéfiants. Avec des résultats : l’arrestation depuis six mois de cinq trafiquants français parmi les plus importants, des opérations visant 1 200 points de deal cette année pour déstabiliser les trafics locaux, etc. Le gouvernement a choisi récemment l’amende forfaitaire pour l’usage de drogue, pas la voie de la légalisation. Par ailleurs, les expériences à l’étranger montrent que cela n’anéantit pas le marché noir. Je ne sais pas quelles orientations seront prises, mais les trafics existeront toujours. C’est aussi la raison d’être de l’Ofast.

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